C’est en plein vol que l’équipage du MK 111 apprend son placement en quatorzaine !

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L’équipage se retrouve sans effets personnels!

L’impréparation et les improvisations du ministère de la Santé sont incompatibles avec les procédures de l’aérien, selon des professionnels du secteur

L’AMCCA dénonce « l’amateurisme inacceptable » de la direction des opérations de vol

C’est alors qu’ils avaient déjà décollé de Mumbai que les membres de l’équipage du vol MK 111 ont été informés de la décision du ministère de la Santé de changer le protocole afin de les placer en quatorzaine à leur arrivée à Maurice aux petites heures du 29 avril. Partis en mission la veille, les membres de cet équipage n’ont pu ainsi prendre leurs effets personnels pour cet isolement décidé à la dernière minute par les autorités. Une décision qui survient alors que l’AMCCA, le syndicat des PNC, s’évertue depuis des mois à faire comprendre aux responsables du ministère de la Santé, ainsi que ceux du ministère du Travail, que de nombreux PNC sont dans l’incapacité de s’auto-isoler à domicile.

Peu après leur arrivée, l’équipage du MK 111 a subi un test PCR puis placé dans ce coach pour l’hôtel Holiday Inn pour une quatorzaine imprévue.

« Such amateurist approach is viewed as unprofessional and, again, unacceptable », a écrit Yogita Baboo-Rama, la présidente de l’AMCCA, dans son courriel adressé à Doris Ah Kay Mun, la directrice du département chargé de l’affectation des équipages, ainsi qu’à l’administrateur Sattar Hajee Abdoula. Le courroux de la présidente de l’AMCCA s’expliquerait par le fait que ce type d’annonce durant le vol est susceptible de perturber l’équipage et ainsi compromettre la sécurité à bord.

Si certains passagers du vol MK 111 ont eu des commentaires élogieux pour le dévouement des PNC à leur égard, les premiers témoignages des membres d’équipage qui nous parviennent indiquent un désarroi en plein vol parmi les PNC car, n’ayant pas été prévenus dès le départ de Maurice, personne n’avait pris de dispositions à part celles convenues pour des prolongements courts de leur mission, soit un vêtement de rechange. Or, l’équipage du MK 111 effectuait ce qui est désigné comme un vol « back-to-back », c.a.d. un vol avec escale minimal sur la destination, notamment pour le ravitaillement de l’appareil et l’embarquement de passagers. Pour ce type de vol, l’équipage qui a opéré le vol MK 110 au départ de Maurice aura été relayé par un nouvel équipage dépêché sur le même vol pour assurer le service du vol retour MK 111.

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Le vol MK111 était un vol très sensible avec de nombreux cas médicaux à bord. Malgré les désagréments les PNC se sont montrés d’une grande prévenance envers les passagers. Et les hommages arrivent publiquement sur les réseaux sociaux.

Le désarroi de l’équipage s’explique parfaitement car n’ayant pas été prévenus à l’avance, personne n’a pu prendre les dispositions adéquates pour un séjour obligatoire de deux semaines loin de chez eux. « Vous avez des mamans qui n’ont pu prendre de dispositions pour les enfants en bas âge, vous avez des parents divorcés justement parce que ce boulot est trop exigeant pour certains conjoints, vous avez des PNC qui ont de vieux parents à charge, vous en avez qui vivent seuls et ceux qui ont pris un logement en location pour pouvoir fonctionner professionnellement et ainsi éviter la menace du ‘leave without pay’. Et là, vous avez des managers et des directeurs dans la compagnie qui n’ont aucune considération pour leurs collègues dont beaucoup ne seront pas payés durant ce mois, alors que ces managers, les mêmes qui ont fait couler Air Mauritius et qu’on a fait revenir, prennent leurs salaires à chaque fin de mois », nous expliquait un membre de cet équipage.

 » L’esclavage n’est pas qu’une affaire de blanc! « 

Après toute la retenue conforme aux prestations professionnelles attendues d’eux à bord, la déception s’exprime vivement à l’encontre de ce management que beaucoup de PNC considèrent indigne désormais. Un autre membre d’équipage vient dire qu’il y a des raisons de s’inquiéter : « Ils ont envoyé des chauffeurs récupérer les effets personnels de certains membres d’équipage à 08h00. J’ai ma collègue qui vit seule et qui a ses clefs avec elle. Est-ce que le management s’attend à ce qu’elle donne ses clefs au chauffeur pour qu’il aille fouiller dans ses affaires et lui ramener ses culottes ? Si on avait dit qu’il y a des tarés dans ce management, les gens auraient pu penser que l’on exagère. Mais là, qu’est-ce qu’il faut de plus pour qu’on les vire ? Faut-il attendre qu’ils provoquent une catastrophe ? Après on va venir dire à la population que l’on ne pouvait pas prévoir… ».

Le service commercial auprès des passagers en combinaison PPE est rendu plus difficile. Et le travail essentiel de l’équipage consiste à veiller à la sécurité de l’appareil et des passagers en vol. Mais les PNC n’ont jamais obtenu la considération qu’ils méritent.

D’autres font part de leur surprise en ce qui concerne le test PCR auquel ils ont eu droit à l’arrivée : « Le virus a une période d’incubation de quatre à cinq jours. Alors pourquoi ce test maintenant ? ».

D’autres encore révèlent leur état d’épuisement : « Vous arrivez après presque 24h de service, vous êtes déjà bien agacé par cette situation et on vous met une tige dans le nez et ensuite on vous met dans le bus pour Holiday Inn. Après on vous dit que le van va quitter Plaisance vers 08h00 pour aller chercher nos affaires, alors que nous arrivons à l’hôtel vers 02h00 du matin. Eh bien moi j’ai pris une douche, j’ai dormi tout nu et je me suis réveillé tard. Au moment où je vous parle, je suis seulement couvert d’une serviette, c’est ce qui me permet de garder au moins un sous-vêtement propre. Comme PNC, nous avons appris à nous organiser. Mais, ce que je peux vous dire c’est que ces managers du Human Resource ne comprennent rien de la fatigue d’un être humain. L’esclavage n’est pas qu’une affaire de blanc ! ».

L’accueil à Holiday Inn compense fort heureusement les premières heures de ce long séjour imprévu. La responsable de la quarantaine est très aimable et s’est montré aux petits soins envers ce PNC qui fait actuellement le Ramadan. « Dès qu’elle a compris que j’avais jeuné au-delà des heures, elle m’a dit de ne pas m’en faire et qu’elle allait faire monter mon repas dans la chambre. Ce n’est pas un repas qui est monté, c’est un festin. Après ce que nous avons subi, c’est très touchant quand on a droit à un peu d’humanité », dit-il.

 » Le secteur de l’aérien est méticuleux, tout en détails et bien planifié. Nothing should be left unattended, or on a trial and error or last minute approach. « 

Il aura été justement question d’humanité dans le courriel de la présidente d’AMCCA aux différentes instances concernées par cette gabegie monumentale. Selon nos sources, Yogita Baboo-Rama s’est élevé contre le fait que « les droits humains de ses membres » n’aient pas été considérées. Face à cet énième traitement dégradant infligé au personnel navigant d’Air Mauritius elle s’est exprimé de manière non-équivoque, nous dit-on. Elle trouve inadmissible qu’un vol établi au calendrier depuis le début du mois fasse l’objet d’improvisations de la part de la direction des opérations comme de celui des autorités sanitaires.

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« Vous conviendrez que le secteur de l’aérien est méticuleux, tout en détails et bien planifié. Nothing should be left unattended or on a trial and error or last minute approach », aurait fait comprendre la présidente de l’AMCCA dans son courriel qui a aussi été transmis au bureau du Premier ministre, à Catherine Gaud la consultante au PMO des affaires médicales relatives à la pandémie du Coronovirus, Pritbeeraj Bheem Singh, chargé chez MK de la sécurité et de la santé au travail, ainsi que Raja Buton, qui est le « Officier in Charge », soit le directeur principal d’Air Mauritius devant rendre des comptes auprès des autorités locales et des différentes instances internationales de l’aviation civile.

Les propos fermes de la présidente du syndicat des PNC constituent le plus sérieux désaveu adressé jusqu’ici au département des opérations de vol qui se trouve sous la direction du commandant Alain Leung Hing Wah. Ce dernier, comme révélé à plusieurs reprises par Indocile, s’est montré à certaines occasions peu scrupuleux dans le respect du protocole sanitaire et dans d’autres sans aucun égard envers ses collègues PNC contraints de subventionner la compagnie d’aviation qui s’est défaussé de ses obligations de financement des repas sur les membres d’équipage envoyés en missions de rapatriement ou de convoyage.

Au-delà, cet incident des plus indignes ramène la responsabilité des administrateurs de Grant Thornton sur le tapis. En effet, c’est suite à la décision des administrateurs d’Air Mauritius de mettre en congé sans soldes les PNC ayant déclaré leur incapacité à l’auto-isolement que ceux-ci ont pour la plupart changé leur déclaration. Pour rappel, Indocile avait révélé que 110 PNC sur 160 étaient ainsi revenus sur leurs déclarations initiales. La direction des opérations de vol n’a jamais évalué la véracité de ces déclarations et le département de la sécurité et de la santé au travail n’est jamais intervenu pour s’assurer que tous les PNC étaient effectivement en mesure ou non de respecter le protocole d’auto-isolement.

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L’affaire se corse quand on réalise que le ministère de la Santé a fait la sourde oreille durant des mois aux alertes lancées par l’AMCCA quant aux risques de contamination encourues par les familles des PNC et par extension à la communauté. Le risque était réel et l’on a pu s’en rendre compte quand un cas de séropositivité à la Covid-19 avait été détecté sur un pilote qui était rentré à bord du vol MK 015 du 17 janvier dernier. Il avait fallu isoler l’ensemble de l’équipage ainsi que leurs familles. Indocile avait encore révélé que des pilotes qui avaient opéré le vol MK 015 s’étaient rendus à La Réunion entretemps. Le protocole du ministère de la Santé révélait ainsi des failles, corrigées cette fois après la deuxième vague qui aura causé une hécatombe au sein de la communauté des dialysés. Un protocole revu dans la précipitation provocant des approximations inacceptables. Qui en fait révèlent, pour le secteur de l’aérien, des légèretés insoutenables  !  


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