Génocide palestinien : Le représentant d’Israël démissionne du panel des juges de la CIJ

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Aharon Barak, le représentant d’Israël au sein du panel de juges chargé d’entendre l’affaire de génocide contre Israël devant la plus haute cour du monde, a démissionné de son poste, invoquant des raisons personnelles. La démission du juge coïncide avec le raid de l’armée israélienne faisant plus de 275 morts et quelques 700 blessés pour la libération de quatre otages détenus par le Hamas depuis les hostilités du 7 octobre dernier.

Le juge Barak, ancien procureur général qui a été le chef-juge de la plus haute cour d’Israël de 1995 à 2006, a écrit mardi, le 4 juin, à Netanyahu, lui disant qu’il avait envoyé une lettre de démission au président de la Cour internationale de justice. « Ma démission est pour des raisons personnelles et familiales », a-t-il notamment écrit à Netanyahu, le remerciant « pour la confiance placée en moi ».

Barak était l’un des quatre juges de la cour qui avaient déclaré que la décision de la CIJ selon laquelle Israël devait cesser ses opérations à Rafah, la ville la plus méridionale de Gaza, ne signifiait pas qu’Israël devait arrêter complètement ses opérations là-bas. Il avait déclaré qu’Israël pouvait toujours opérer à Gaza mais devait éviter de causer des dommages excessifs aux civils palestiniens et de contrevenir aux obligations d’Israël en vertu de la Convention sur le génocide.

Il s’avère qu’au moment où le juge Barak annonçait sa volonté de se retirer, l’armée israélienne lançait une opération d’envergure qui a mené à la libération de quatre otages et à un véritable carnage dans divers camps de réfugiés. Ainsi, deux frappes ont eu lieu à Nuseirat, l’un des nombreux camps de réfugiés construits à Gaza. Une frappe israélienne sur Gaza a tué plus de 30 personnes dans la nuit lorsqu’elle a touché une école transformée en refuge géré par l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens.

Les services de l’hôpital, ainsi qu’un journaliste d’Associated Press présent à l’hôpital de cette localité ont enregistré au moins 33 morts suite à la frappe israélienne, dont 14 enfants et neuf femmes. Une autre frappe contre une maison dans la nuit a tué six personnes. L’armée israélienne a néanmoins déclaré plus tard qu’elle n’avait connaissance d’aucune victime civile dans l’attaque contre l’école. Israël a aussi affirmé jeudi que l’école était utilisée comme complexe du Hamas, sans fournir de preuves. Au total, cette intervention aura fait près de 300 morts et environ 700 blessés à divers niveaux de gravité.

Le carnage

La « guerre » qu’Israël dit mener contre le Hamas à Gaza a tué plus de 36 000 Palestiniens, selon le ministère palestinien de la Santé, pour la plupart des civils, dont une majorité de femmes et d’enfants. Ces opérations militaires israéliennes qui durent depuis huit mois à Gaza ont largement interrompu l’approvisionnement en nourriture, médicaments et autres fournitures pour les Palestiniens confrontés à une faim généralisée. Les agences des Nations Unies affirment que plus d’un million de personnes à Gaza pourraient connaître le plus haut niveau de famine d’ici la mi-juillet.

La pression internationale s’est intensifiée pour limiter l’effusion de sang parmi les civils dans la guerre entre Israël et le Hamas. Le ministre espagnol des Affaires étrangères a annoncé jeudi que son pays demanderait à un tribunal des Nations Unies l’autorisation de se joindre à l’affaire sud-africaine accusant Israël de génocide à Gaza. Avec l’intensification des revendications des mouvements estudiantins sur les campus américains, l’administration du président américain Joe Biden s’est vu contraint de lancer une campagne pour persuader le Hamas et Israël d’accepter une nouvelle proposition de cessez-le-feu et de libération des otages.

Israël a lancé sa riposte militaire après l’attaque du Hamas du 7 octobre, au cours de laquelle des militants ont fait irruption dans le sud d’Israël, tuant quelque 1 200 personnes – pour la plupart des civils – et en enlevant environ 250. Environ 80 otages capturés le 7 octobre seraient toujours en vie à Gaza, aux côtés des restes de 43 autres personnes.

La presse occidentale pro-israélienne n’a aucunement questionné la motivation de la démission du juge Barak. Juge de formation britannique, reconnu internationalement parce qu’il s’est évertué à rendre la justice dans son pays qui n’était pas doté d’une charte constitutionnelle, le juge Aharon Barak a valoir des notions de proportionnalité pour équilibrer celles de la raisonnabilité, puisque le raisonnable pouvait varier et aller dans le sens de la raison du dominant. Considérant que la Knesset prenait du temps à promulguer la charte constitutionnelle du pays, le juge Barak estimait que la Cour suprême se trouvait néanmoins investie de certaines obligations, comme celle de la protection des droits de l’Homme à laquelle l’Etat était soumis. En faisant jurisprudence dans ce sens, il avait aussi intégré la notion de dignité de la personne au rang des droits inaliénables.

Dans cette perspective, la probabilité que la démission du juge Barak ait été motivée par l’embarras suscité par les exactions de Tsahal n’est pas à exclure. Se serait-il embarqué dans d’autres raisons que celles qu’il a invoquées, il aurait éventuellement fourni les éléments permettant de faire condamner son pays pour génocide. Dans une déclaration publiée sur X, le président israélien Isaac Herzog, dont le poste est en grande partie honorifique, a remercié le juge Barak jeudi d’avoir siégé à la Cour Internationale de Justice ajoutant : « Nous continuerons de rester fermes contre le mal, l’hypocrisie et les fausses accusations portées contre l’État d’Israël et l’armée israélienne », en utilisant l’acronyme IDF1 pour l’armée israélienne. Tout légaliste qu’il aura pu être au cours de sa carrière, il n’est pas impossible que le vieux juge Aharon Barak se soit montré, une nouvelle fois, scrupuleux en matière des droits de l’homme. Scrupuleux au point de refuser de cautionner Tsahal, mais aussi au point de ne pas motiver plus spécifiquement sa lettre de démission, ce qui aurait pu embarrasser le gouvernement sioniste qui l’avait désigné comme son représentant.


1  IDF, pour Israeli Defense Force, dans la volonté de présenter l’armée israélienne comme une force de défense plutôt que celle d’une force d’agression et d’occupation.


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