Décès du roi zoulou Goodwill Zwelithini

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Le roi Zwelithini, ici avec PW Botha en 2003, avait négocié l’autonomie de sa province avec les autorités de la période de l’apartheid et de même avec le gouvernement post-apartheid.

Le roi Goodwill Zwelithini de la nation zouloue en Afrique du Sud est décédé à l’hôpital à l’âge de 72 ans, a annoncé sa famille par le biais du prince Magosuthu Buthelezi. Le roi zoulou, monarque africain qui est resté le plus longtemps sur son trône, était à l’hôpital depuis plus d’un mois, où il était traité pour des problèmes de santé liés au diabète.

Le roi Zwelithini avait 20 ans lorsqu’il a été nommé successeur au trône après la mort de son père en 1968, bien qu’il n’ait été couronné qu’en 1971 parce qu’il se cachait après avoir reçu des menaces de mort. Bien que la position du roi Zwelithini ait été en grande partie cérémonielle, il a eu une influence considérable sur les quelque 12 millions de Zoulous du pays, le plus grand groupe ethnique des 60 millions d’Habitants d’Afrique du Sud. Ainsi, il avait ouvertement critiqué la politique de redistribution des terres prévue par le gouvernement, parce que cette réforme telle qu’elle était conçue allait affecter de vastes étendues de terres appartenant à la nation zouloue.

Historiquement, sous la direction du roi Shaka Zoulou de 1816 à 1828, les Zoulous ont donné une résistance farouche au colonialisme britannique. La royauté zouloue détient 29 pour cent des terres de la province du KwaZulu-Natal, par l’intermédiaire du Ingonyama Trust, sur lequel vivent environ cinq millions de personnes, principalement dans les communautés agricoles rurales.

Le Président Cyril Ramaphosa a félicité Zwelithini pour sa contribution au développement économique et culturel de la province : « On se souviendra de Sa Majesté comme d’un monarque visionnaire et très aimé qui a apporté une contribution importante à l’identité culturelle, à l’unité nationale et au développement économique du KwaZulu-Natal et, par ce biais, au développement de notre pays dans son ensemble ».

John Steenhuisen, chef de l’Alliance démocratique de l’opposition, a également présenté ses condoléances : « Nos sincères condoléances vont à sa famille, la Maison Royale et la nation zouloue en cette période de perte. Que vous trouviez le réconfort et la force au moment où vous pleurez et célébrez sa vie ».

Bantu Holomisa, du Mouvement démocratique uni, a également exprimé sa tristesse face au décès de Zwelithini. « En tant que gardien de la tradition et des coutumes zouloues, il a joué un rôle crucial dans la nation zouloue au plus fort de la pandémie du VIH/sida en Afrique du Sud », a déclaré M. Holomisa, faisant référence aux déclarations publiques de Zwelithini qui ont accru la sensibilisation à ce virus.

Une caractéristique de son règne a été la renaissance d’Umhlanga ou « la danse du roseau » (Reed Dance) en 1991, que le gouvernement de l’apartheid avait tenté d’empêcher. Le roi Zwelithini avait déclaré à Al-Jazeera en 2016 que Dieu l’avait mis en garde contre l’épidémie de VIH/sida avant que celle-ci ne s’installe dans le pays. Cet avertissement l’avait amené à raviver la tradition de l’Umhlanga – où des milliers de jeunes femmes dansent pour lui – afin qu’il puisse les réunir pour les avertir à leur tour du VIH/sida. Il croyait qu’un « retour à la morale » contribuerait à ralentir la propagation de la maladie dans son royaume.

La « danse du roseau », quoique controversée en raison de son caractère patriarcal, aura été une forme de conscientisation puisant des traditions anciennes au problème de la propagation du VIH-Sida en Afrique du Sud.

Très peu comprise par les médias occidentaux à l’époque, les articles et reportages sans effort de contextualisation sur la démarche royale, avaient renvoyé l’image d’un monarque patriarcal et pervers. Certains critiques de la pratique d’Umhlanga dans la tradition zouloue, la considère comme étant fondamentalement patriarcale car elle plaçait sur les femmes la responsabilité de gérer les relations sexuelles et de contenir la propagation du VIH. Le reproche étant que l’accent était mis sur le fait que les femmes restent pures plutôt que sur le comportement masculin.

Pour beaucoup, ce père qui a eu 28 enfants de ses six épouses, incarnait celui qui honorait les anciennes pratiques culturelles tout en représentant l’idée que si l’Afrique du Sud était un pays moderne, elle n’avait pas abandonné son passé. C’est en mettant l’accent sur la culture et les traditions que le roi a utilisé son influence pour réunir les quelque 11 millions de Zoulous du pays, explique le Professeur Sihawukele Ngubane, président du Zulu Royal Household Trust. Ce professeur de langues africaines rappelle qu’en 2019, Zwelithini avait fait valoir que « toutes les solutions ne viendront pas de politiciens ou d’experts. Le leadership traditionnel est le pilier du continent africain et ne doit pas être mis à l’écart ».

Le monarque avait compris que son rôle avait une influence à la fois parmi la nation zouloue mais aussi dans d’autres cultures dans le pays et sur le continent. Ainsi, ajoute Ngubane dans un entretien accordé à la BBC : « Il a joué un rôle déterminant dans le maintien de l’unité entre le peuple zoulou, en préservant la culture à un moment où les identités des peuples africains étaient marginalisées ».


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