Nativité : L’Eglise catholique de Belgique accusée de trafic d’enfants

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Environ 30 000 jeunes femmes ont été accueillies dans des foyers dans la Flandre catholique d’après-guerre pour accoucher anonymement. L’Église les a contraintes d’abandonner leurs enfants, qui ont ensuite été vendus pour adoption. Certaines mères ont été placées sous anesthésie générale sans leur consentement, d’autres ont même été stérilisées sans le demander. Selon les informations relayées par l’agence de presse Belga, l’Église a exprimé sa compassion et demande une « une enquête indépendante » pour faire toute la lumière sur ces faits.

Debby Mattys (56 ans), elle-même adoptée bébé, a cherché sa mère biologique pendant plus de 20 ans. Elle a raconté son histoire dans un podcast et dans les colonnes du quotidien flamand Het Laatste Nieuws (HLN) baptisé ‘Les enfants de l’Église’. Même après avoir trouvé sa mère, sa quête ne s’est pas terminée. Depuis des années, elle aide d’autres personnes à fouiller dans leur passé, à la recherche de parents qu’elles n’ont jamais connus. « Il y en aurait entre 20 000 et 40 000. Personne ne connaît le chiffre exact, car il n’a pas été enregistré. Les dossiers ont même été détruits. Mais le nombre est énorme ».

La plupart des experts qui se sont penchés sur ce dossier estiment également qu’il y aurait environ 30 000 femmes qui auraient été victimes de cette horrible histoire. Ce cycle a commencé à la fin de la Seconde Guerre mondiale et a duré jusqu’aux années 80, selon Marleen Adriaens. Cette femme a fondé l’association Mater Matuta pour aider les mères biologiques qui ont survécu à ces atrocités. Dans le podcast de nos confrères du HLN, des victimes témoignent pour la première fois : les Belges se rendaient compte que, dans tout le pays, des religieuses se sont rendues coupables de traite d’êtres humains pendant des années.

Ainsi, selon Marleen Adriaens, des foyers avaient été créés dans tout le pays pour accueillir des filles mineures – en Belgique, jusqu’en 1990, on devenait majeur à 21 ans – et des jeunes femmes célibataires enceintes. Le concept venait des Pays-Bas, où des foyers similaires existaient depuis plus longtemps. Des dizaines de milliers de femmes ont ainsi accouché clandestinement.

Le point entre commun entre tous ces foyers : ils étaient dirigés par des religieuses. « Il y avait toujours une composante catholique et la plupart des foyers étaient en contact les uns avec les autres », dit Adriaens. « On peut supposer que presque tous les couvents offraient leurs services. À cette époque, on ne pouvait s’adresser qu’à des religieux. Ils avaient le monopole, car l’avortement n’existait pas. Il arrive même que de nombreuses filles aient dû changer de mutuelle et s’inscrire à la Mutualité Chrétienne ».

Les religieuses le faisaient-elles par devoir de charité ou par intérêt financier ? Adriaens pense que c’est la seconde raison qui a primé : « Cela a peut-être commencé avec de bonnes intentions, mais finalement, il y avait tellement d’argent en jeu. La facture était payée par trois parties. Évidemment, la famille adoptive qui payait beaucoup pour les enfants. Mais aussi les parents de la fille devaient payer pour l’intervention et pour le séjour dans l’établissement. Et parfois, les pères qui avaient violé ou rendu la fille enceinte contre son gré payaient également. Ainsi, le prix pouvait monter très haut. C’était de la pure traite d’êtres humains. Les religieuses ne le faisaient pas par charité, mais pour l’argent ».

L’avortement était alors illégal

Le contexte de l’époque pouvait favoriser ce type de foyers : « L’avortement était alors illégal, explique Mattys. Avoir un enfant n’était presque uniquement possible si vous étiez mariée », selon un des témoignages. Rien qu’en Flandre, il y avait dix à quinze maisons d’accueil pour ces jeunes filles. Parmi celles-ci, il y avait la Villa Bambino à Schoten, Ten Anker à De Haan et les Sœurs de l’Enfant Jésus à Gand — également appelées les ‘Sœurs Bleues’ à cause de leur habit bleu. Le foyer le plus tristement célèbre est sans aucun doute Tamar à Lommel. « Partout, il y avait de la pression psychologique et de l’abus de pouvoir. À Tamar, s’ajoutait également la violence physique. Les femmes devaient y travailler et dans certains cas, il y a même eu des abus sexuels ».

« Avant d’accoucher, elles étaient hébergées dans ces foyers. Elles y étaient humiliées et traitées comme des rebuts. La terreur psychologique devait être énorme. Mais le pire, la séparation de leur bébé, devait encore arriver », raconte Debby Mattys. Lorsque les femmes devaient accoucher, elles étaient emmenées dans des hôpitaux à proximité ou dans le nord de la France, où elles pouvaient accoucher anonymement. Parfois, elles devaient signer un document renonçant à leur enfant, ou on leur disait que l’enfant était mort-né. Dans la plupart des cas, il n’y avait aucun document pour commencer leur recherche plus tard.

Ces jeunes femmes accouchaient sous un drap ou avec un masque sur le visage, afin de ne pas voir leur bébé. Certaines étaient également anesthésiées de force. Lorsqu’elles se réveillaient, dans la plupart des cas, l’enfant avait déjà été emmené. Elles ne le revoyaient jamais. Dans certains foyers, les futures mères étaient même victimes de violences sexuelles. Des femmes étaient également stérilisées sans leur consentement pendant l’accouchement.

Debby Mattys, une fille vendue à sa famille adoptive, a pu retrouver sa mère, une femme encore traumatisée, dit-elle.

Les enfants aterrissaient chez des parents adoptifs, qui payaient souvent beaucoup d’argent. « Cela allait de 10 000 à 30 000 francs belges, selon Mattys. Dans certains cas, beaucoup plus. Surtout lorsque les femmes accouchaient dans le nord de la France, les religieuses pouvaient demander beaucoup plus. Je connais quelqu’un qui a été vendu pour 100 000 francs ». À l’époque, c’était beaucoup d’argent. Selon certains, des droits supplémentaires étaient accordés si l’on payait plus. « Je connais une maman adoptive qui est allée chercher un enfant dans un foyer à Hasselt, raconte Mattys. Elle a appelé le jeudi et le samedi, elle pouvait déjà venir chercher son enfant. La sœur l’a renvoyée chez elle avec : ‘Essayez une fois. Si ça ne marche pas, vous le ramenez’. »

Debby Mattys a elle-même été vendue pour 20 000 francs belges en 1967. Un montant qui équivaut aujourd’hui à 500 euros. Elle raconte : « Ma mère avait 18 ans lorsqu’elle est tombée enceinte indésirée. À cette époque, c’était un véritable scandale. Elle a été emmenée par ses parents à la Maison Elisabeth à Mortsel. Après un accouchement épouvantable, j’ai été immédiatement enlevée à ma mère. Quatre jours plus tard, elle a été mise dans un tram et renvoyée chez elle ».

Après vingt ans de recherche intense, Mattys a trouvé sa mère : « Il n’y a eu qu’une rencontre. Je pense que ma mère est traumatisée. Penser à moi semble lui faire encore beaucoup de mal. Ça lui brise le cœur ». Selon Mattys, l’Église a une responsabilité écrasante : « Non seulement pour ce qui s’est passé dans le passé. Mais aussi maintenant, ils abusent encore de leur pouvoir, en faisant disparaître des dossiers ou en ne collaborant pas activement à l’accès aux dossiers. Les excuses sont belles, mais cela ne nous achète rien ».

Les évêques belges ont fait savoir que « La Conférence des évêques, en collaboration avec le Parlement flamand, a présenté ses excuses en 2015 aux victimes d’adoptions forcées dans des institutions catholiques. Les évêques ont alors exprimé leur sympathie et ont proposé leur aide dans la mesure du possible. Ces excuses, cette sympathie et cette entière volonté sont toujours d’actualité aujourd’hui ». L’Église a également déclaré qu’en 2015, elle s’était jointe au Parlement flamand pour demander une enquête indépendante.


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