Vols de rapatriement : conditions hasardeuses sur les vols d’Air Mauritius

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Repas chauds ré-introduits alors que les PNC en PPE doivent seulement distribuer des cartons repas dans le cadre du service minimum sur les vols de rapatriement.

Alors que Air Mauritius est actuellement sollicitée pour effectuer des vols de rapatriement, les mesures sanitaires, de même que celles relevant de la sécurité en vol, révèlent des flous incompatibles avec les conditions prescrites ou convenues jusqu’ici. Selon nos informations, le syndicat du personnel navigant cabine, la Air Mauritius Cabin Crew Association (AMCCA) a attiré l’attention des administrateurs, Satar Hajee Abdoula et Arvindsingh Gokhool, sur les conditions prévalant pour les vols de rapatriement qui sont, pour dire le moins, des plus hasardeuses. Assignés depuis mars, les administrateurs d’Air Mauritius ne sont toujours pas parvenus à réaliser la nécessité de sécuriser en priorité tous les aspects opérationnels de la compagnie aérienne avant de procéder à son éventuel, voire hypothétique, ré-équilibrage financier.

Dire qu’Air Mauritius serait en mesure d’assurer son service commercial dans les meilleures conditions pour ses passagers relèverait de la désinformation. Outrés par les inconséquences des nominés politiques qui ont mené Air Mauritius au fond d’un véritable gouffre financier, les Mauriciens demeurent jusqu’ici assez insensibles aux conditions de plus en plus déshumanisantes auxquelles les PNC sont contraints. Ces conditions, néanmoins, sont de nature à compromettre sérieusement les conditions de sécurité en vol, de même que rendre caduques les mesures sanitaires à bord des appareils. Les administrateurs, ainsi que les nombreux intrigants qui se prétendent plus ou moins proches du pouvoir politique, ont pourri le relationnel au sein du personnel navigant au point où un groupe de PNC a mis en demeure conjointement la compagnie et ses administrateurs, de même que l’AMCCA pour ce qu’ils considèrent des atteintes à leurs droits. C’est dire à quel point la cohésion nécessaire pour la conduite en équipe des mesures de sécurité à bord des vols est désormais compromise.

Depuis que MK a été mise en administration volontaire en mars dernier, la compagnie d’aviation a enchaîné des vols de rapatriement dans des conditions où les PNC sont exposés aux risques de contact avec des passagers dont certains s’avèrent positifs au cours de leur période d’isolement à l’arrivée. Le risque est réel puisque jusqu’ici deux membres d’équipage ont déjà été testés positifs. Ces faits révèlent la vulnérabilité réelle pour les familles de ces PNC contraints à l’isolement à leur domicile. Ils révèlent aussi l’incohérence dans l’acharnement des administrateurs à diminuer le personnel de MK de moitié en y incluant aussi les PNC. Or, cette catégorie, qui était déjà en sous-effectif avant la pandémie de la Covid-19, fait aussi l’objet de cette réduction alors que ses membres se retrouvent avec des contraintes d’isolement entre chaque mission de rapatriement. Les vols étant effectués avec un équipage minimal, il suffit qu’un PNC soit malade pour que le vol retour soit compromis occasionnant des pertes conséquentes à la compagnie.

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Pour rappel, la direction d’Air Mauritius, encore sous la seule tutelle de Indradev (Raja) Buton, dont la responsabilité est engagé auprès des instances internationales en capacité de « Officer in Charge », avait convenu – en parfaite intelligence avec l’AMCCA – des conditions dans lesquelles devaient s’opérer les vols de rapatriement. A titre d’exemple, il avait été convenu d’un service minimal à bord avec la distribution de cartons repas aux passagers. Indocile est parfaitement au fait d’un échange de courriels le 21 mars 2020 entre les responsables d’AMCCA et Alain Leung, le directeur des opérations de vols, pour amener ce dernier à souscrire aux dispositions suggérées par le syndicat. Alain Leung s’était référé à ses entretiens avec Ravi Hardowar, alors membre de l’AMCCA, pour évoquer les mesures d’atténuation qu’il avait envisagé. « Ravi understood the challenges that we face. On behalf of AMCCA, he took the commitment to do his utter best to support and will convey the message to the cabin crew community », écrivait alors Alain Leung.

Comme on le sait depuis nos révélations en juillet dernier, prendre Ravi Hardowar comme interlocuteur ne semble pas un choix anodin ; il s’est finalement révélé à ses collègues comme un proche de Sherry Singh, le patron de Mauritius Telecom dont la performance aura été essentiellement de démontrer sa capacité à transformer les responsables des syndicats de son organisation en apologistes de ses prétendues compétences de gestionnaire. Malgré les agitations de Hardowar qui ont jeté le trouble au sein des PNC, le conseil exécutif d’AMCCA a néanmoins été reconduit aux affaires ; l’intéressé, qui n’a pas su se conformer aux exigences du dépôt de candidature, a été remplacé par un candidat considéré plus apte à contribuer aux efforts du syndicat sur les différents fronts où les PNC sont attaqués.

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De même que nous l’avions alors annoncé, Raja Buton était finalement intervenu en avril, en capacité de DG intérimaire, pour que l’ensemble des PNC, (dans les faits, les premiers véritables « frontliners » confinés en contact direct avec de potentiels cas positifs), soit équipé de combinaisons PPE. Une décision certainement plus cohérente que celle d’Alain Leung où deux PNC, munis de combinaisons PPE, allaient assurer le service1

Mesures sanitaires strictes pour protéger le personnel

Il avait aussi été convenu d’une occupation réduite des sièges afin de se conformer à une distanciation effective durant les vols. Or, les vols ont gagné graduellement en densité et les repas chauds ont été réintroduits subrepticement. A différents niveaux, plus particulièrement au niveau des opérations des vols (Flight Operations), de nombreuses mesures ont ainsi été graduellement érodées occasionnant des flous dans un système opérationnel pourtant rigoureusement normé comme il est de rigueur dans l’aérien commercial.

L’AMCCA fait ainsi ressortir aux administrateurs que des sièges en section affaires ont été commercialisés sans aucune procédure de service. Or, il avait été convenu que le compartiment business devait rester étanche et qu’il serait occupé uniquement par l’équipe de remplacement devant effectuer le vol retour de la mission de rapatriement. La procédure adoptée pour les vols de rapatriement était proche du zéro-risque puisque même le service au sol dans les différentes destinations ne pouvaient accéder au compartiment affaires afin de protéger au mieux l’équipage. Qui sont donc ceux qui ont autorisé ces assouplissements ? Pourquoi ces assouplissements n’ont jusqu’ici pas été documentés ? Qui sont ceux responsables de la mise en danger de la vie d’autrui : les administrateurs ou les responsables des opérations qui n’ont pas su leur indiquer la ligne que des comptables n’étaient pas aptes à franchir ?

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Alors que de nombreux commentateurs ou acteurs du tourisme avancent leurs argumentaires sur l’ouverture ou non des frontières, leur incapacité à prendre acte de la réalité des opérations aériennes relève aujourd’hui d’une évidence des plus pathétiques. Au niveau de la MTPA comme pour ceux qui cherchent à repositionner la destination, la réflexion n’a toujours pas franchi le seuil de la propagande marketing. Les hôteliers continuent leur lobby pour l’ouverture des frontières sans aucune considération des conditions dans lesquelles leurs clients effectueront les vols vers la destination.

Ce qui se passe chez Air Mauritius nous montre, en réalité, le tourisme mauricien décérébré qui vole en rase mottes. La schizophrénie sectorielle est seulement prête à promouvoir sa quatorzaine de confinement avec les trois litres de whisky prescrits par le docteur Padayachy. Le drame survient quand des banquiers et des comptables, croyant faire des loopings avec leurs chiffres, font que les opérations partent en vrille et piquent du nez.

1Extrait du courriel d’Alain Leung en date du 21 mars 2020 adressé au syndicat des PNC avec copie à différents responsables de section: meal boxes provided instead of normal service. Again as mentioned in my previous mail, SFP will tailor the minimum service accordingly. This could be done with only 2 crew members wearing the PPE.”


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