Ofer Cassif, le député juif que les sionistes voudraient évincer de la Knesset

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Cassif est celui qui soutient la démarche de Pretoria et dénonce les « judéo-nazis » du gouvernement israélien

Ofer Cassif, député communiste et juif du parti arabe Hadash-Taal, soutient la démarche de Pretoria et qualifie le gouvernement d’Israël et Tsahal de « Judéo-Nazis ».

Les autorités israéliennes rejettent les accusations portées dans la requête sud-africaine à la Cour Internationale de Justice (CIJ), mais en Israël même, la voix presque singulière du député israélien Ofer Cassif, s’élève pour soutenir la démarche de Pretoria en dénonçant la situation à Gaza. Ses propos sont largement condamnés en Israël, et des parlementaires d’autres partis ont lancé une procédure de destitution pour l’exclure de la Knesset.

Le député d’Yisrael Beytenu Oded Forer a lancé lundi dernier une pétition visant à expulser le député d’extrême gauche de la Knesset, qualifiant de « trahison » son soutien public à la motion de Pretoria contre Israël. Quatre-vingts-cinq membres de la Knesset, des députés de la coalition et de l’opposition1, ont signé un texte appelant à une procédure de destitution contre le député Hadash-Taal Ofer Cassif en raison de son soutien public à la motion sud-africaine accusant Israël de génocide devant la Cour internationale de Justice de La Haye.

Membre du Parti communiste de son pays, Ofer Cassif est un parlementaire qui ne se considère pas comme anti-israélien. Au contraire, il estime agir comme un véritable patriote. Son soutien à Pretoria, dit-il, « je ne le fais pas contre Israël », mais « pour Israël ». Il se positionne « contre le gouvernement israélien », qui est lui-même, conclut-il, « contre Israël ».

Ofer Cassif milite en fait pour le droit des peuples à l’autodétermination. À ses yeux, « les Palestiniens ont le droit de vivre en paix dans leur propre pays ». Et, de son point de vue, « c’est le gouvernement israélien », que le député qualifie régulièrement de « fasciste », « qui empêche cela ».

Les « judéo-nazis »

Cassif est depuis longtemps une figure controversée de la politique israélienne. Il a été accusé auparavant d’avoir comparé Israël et Tsahal au régime nazi et d’avoir appelé à lutter contre les « judéo-nazis ». En 2019, il avait été disqualifié de sa candidature à la Knesset par la Commission électorale centrale en raison de commentaires provocateurs, notamment après qu’il a qualifié Ayelet Shaked, alors ministre de la Justice, de « racaille néo-nazie », mais cette décision avait été annulée par la Haute Cour.

« Je maintiens mes propos. Et je ne le dis pas comme une espèce de slogan », affirme le député communiste. Estimant que son gouvernement est coupable de dérive fasciste, il poursuit : « Je le dis comme quelqu’un qui donne un cours à l’université sur le fascisme. C’est quoi le fascisme ? C’est la négation du droit des individus, c’est être contre la démocratie, et mettre la nation au-dessus de tout. Et c’est la promotion du militarisme, de la violence comme moyen politique ».

Le député Cassif se fait tabasser par des soldats de Tsahal alors qu’il participait à une manifestation pour s’opposer à l’éviction de familles palestiniennes de leurs propriétés par des colons juifs venant d’Europe et des USA.

Cette fois aussi, même si 90 députés votent en faveur de la destitution de Cassif, la question pourrait encore être contestée devant la Haute Cour de justice. Le Times of Israël estime qu’il pourrait fort probablement soutenir que sa décision d’approuver la motion contre Israël devant la Cour internationale de Justice ne revenait pas à soutenir la lutte armée contre l’État d’Israël ou à nier le droit d’Israël à exister.

« Les Palestiniens ont le droit de vivre en paix dans leur propre pays. C’est le gouvernement fasciste israélien qui empêche cela ».

Ofer Cassif, député juif du parti arabe Hadash-Taal à la Knesset, le parlement israélien

En réponse à la démarche de Forer de recueillir des soutiens pour une procédure de destitution contre Cassif, le parti Hadash-Taal, dirigé par le député Ayman Odeh, a publié une déclaration la qualifiant de « réalisation de coup d’État et élimination des espaces démocratiques ». « Dès sa création, l’objectif du gouvernement de droite était d’éliminer les voix qui s’opposaient à lui. Sous les auspices de la guerre, cela se concrétise », estime Ayman Odeh. « Pendant que ceux qui appellent au déplacement des habitants et à la destruction de Gaza sont assis autour de la table du gouvernement, le député Cassif, qui appelle à la paix, est expulsé de la Knesset sous l’accusation infondée de ‘soutien à la lutte armée’ », ajoute le communiqué.

Génocide : Israël dans la négation

Y a-t-il un « génocide » à Gaza ? « D’un point de vue juridique, c’est la justice qui devra répondre », tempère M. Cassif. « En revanche, si on parle d’une définition plus générale d’un génocide, eh bien, on en voit les signes à Gaza ».

L’Afrique du Sud a présenté ses arguments à La Haye jeudi, suivie par Israël vendredi. Dans sa requête à la CIJ, l’Afrique du Sud a accusé Israël d’actions « de caractère génocidaire, car elles sont commises avec l’intention spécifique requise… de détruire les Palestiniens de Gaza en tant que partie du groupe national, racial et ethnique palestinien plus large ».

Israël, qui a choisi le président à la retraite de la Cour suprême, Aharon Barak, 87 ans, pour représenter le pays au sein du panel de 15 juges, a accusé l’Afrique du Sud de s’être livrée à une « diffamation de sang ».

Le gouvernement israélien a déclaré la guerre au Hamas après que des milliers de terroristes dirigés par le groupe terroriste ont fait irruption à travers sa frontière sud depuis Gaza le 7 octobre, massacrant quelque 1 200 personnes – pour la plupart des civils – et emmenant 240 otages de tous âges. Israël accuse depuis longtemps les groupes terroristes basés à Gaza d’utiliser les Palestiniens de la bande de Gaza comme boucliers humains, opérant à partir de sites, notamment des écoles et des hôpitaux, qui sont censés les protéger.

Israël a rejeté toute affirmation selon laquelle son armée ciblerait des civils ou s’engagerait dans davantage qu’une campagne pour sa sécurité. Israël affirme s’efforcer d’éviter de nuire aux civils tout en combattant un groupe terroriste intégré au sein de la population civile. Sur le terrain toutefois, la réplique militaire du gouvernement israélien montre cependant un massacre indiscriminé. Ainsi, au 30 décembre 2023, soit à la 13e semaine des opérations israéliennes2, le ministère de la Santé du Hamas annoncait un bilan de 21 672 morts à Gaza. Par ailleurs, près de 26 000 personnes ont été blessées. Les femmes et les enfants de moins de 18 ans comptent pour deux tiers des victimes.

« Lorsque le gouvernement agit contre la société, l’État et ses citoyens, surtout lorsqu’il les sacrifie et commet des crimes en leur nom sur l’autel du maintien de son existence, j’ai le droit et même le devoir d’en avertir et de faire tout ce que je peux, dans les limites de la loi, pour y mettre un terme », affirme pour sa part Ofer Cassif, ajoutant qu’il n’abandonnerait pas « la lutte pour notre existence en tant que société morale ».

« C’est du vrai patriotisme… pas d’effusion de sang inutile, et pas de sacrifice de citoyens et de soldats kidnappés dans des guerres insensées », estime Cassif.


1  Notamment plusieurs membres du parti du ministre du cabinet de Guerre Benny Gantz et de celui du chef de l’opposition Yair Lapid.

2  Cet article est publié au 100e jour des opérations de l’armée israélienne.


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