​Défilé de Javed Meetoo : Un échec du service de renseignements

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La gestion du dossier de Javed Meetoo laisse certains officiers de police pantois et quelques hauts gradés fort mécontents. Ainsi, pendant que l’on se pose des questions sur le témoignage de l’inspecteur de police qui prétend qu’il y aurait eu des coups de feu lors du défilé de provocation de Javed Meetoo et de ses suiveurs, on nous fait valoir qu’il y a des officiers qui ont reçu la formation adéquate à l’étranger leur permettant d’évaluer et de gérer les risques de conflits urbains. Et que ce sont sans doute ceux-là que l’on aurait dû avoir appelé à la barre pour expliquer la portée réelle de ce défilé entrepris par l’agitateur islamisant. Mais, pour ces haut-gradés, il ne fait aucun doute que cet incident révèle un échec du service de renseignements.

La faille majeure dans les incidents de Chitrakoot, selon nos interlocuteurs de la police, vient du service de renseignements. « On ne réunit pas autant de personnes et de véhicules sans que les agents de ce service ne reçoivent des indices. Un tel échec est inimaginable. Ce n’est pas une petite organisation que de mettre tout ce monde ensemble. Cela prend plusieurs jours, il y a des consultations entre eux… », nous dit un haut-gradé qui s’étonne qu’il n’y ait pas eu de questionnements à ce niveau dans la presse ou venant des parlementaires.

« Ce n’était certainement pas un rallye automobile », nous précise un de ses collègues. En fait, les journalistes assignés aux nouvelles policières ne se sont pas donnés la peine de traduire le terme anglais utilisé par la police et ainsi, la reprise du terme « rally » a engendré une confusion. Et c’est ce qui a pu, dans une certaine mesure, minimisé l’incident dans l’opinion. Mais pour eux ce défilé n’était pas qu’une simple fanfaronnade (« show-off ») ; les conséquences auraient pu provoquer un véritable embrasement social.

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Explication : Chitrakoot, au pied du Pieter Both, est une enclave ethnique essentiellement hindoue, à laquelle on accède par une route en boucle qui se rejoint au lieu dit Caroline (Point A sur la carte).
En somme, s’il y aurait eu une réaction de la part des riverains que Meetoo et ses acolytes avaient décidé d’impressionner, elle aurait pu se faire au niveau de cette jonction.

Mais il y a pire : une course poursuite aurait mené les poursuivants du côté de Caro Lalo (Point B) qui, jusqu’à la Croisée Vallée des Prêtres (Point C), est une concentration musulmane.

Dans un cas comme dans l’autre, on mesure mieux alors les conséquences de ce défilé que Javed Meetoo présente comme une « procession religieuse ». L’agitateur estime que cette pirouette serait simplement rapportée de manière anodine par les journaux sans que les journalistes ne s’interrogent sur le caractère provocant d’une telle « procession » dans une enclave hindoue. 

La provocation aurait pu susciter une bagarre plus haut, au Point A, ce qui aurait occasionné des représailles. Ou alors, elle aurait pu attirer un groupement hindou plus bas qui se serait retrouvé dans une violente échauffourée avec les résidents de Caro Lalo qui sont majoritairement musulmans.

 Nos interlocuteurs de la police savent parfaitement que la défense de Meetoo chercherait à classer ces considérations à l’ordre des spéculations. « Ça c’est au magistrat de considérer. C’est à chacun d’assumer sa responsabilité dans ce genre d’affaires. Mais, au niveau de la police, on aurait fait comprendre qu’il ne s’agit pas d’une simple manifestation illégale ou de « damaging property by band » », nous dit un des haut-gradés.

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Et, dans ce contexte, la faiblesse en terme de « field intelligence » leur paraît un véritable désastre. La région est totalement dépourvue de caméras de surveillance et personne n’est en mesure de dire s’il y avait un comité d’accueil plus bas pour établir un éventuel guet-apens. « Et personne ne veut savoir comment tout cela a pu être organisé sans que nos services de renseignements le sachent ? Personne ne demande combien de temps ça prend pour dépêcher la SSU sur place et combien de temps il a fallu pour que le défilé rejoigne Chitrakoot et en redescende ? », demande encore un des officiers.
Qui des responsables de la police et des responsables politiques ne veulent pas savoir comment tout cela s’est mis en place ?

Que risquent Javed Meetoo et ses acolytes ?

Tout dépend des charges dont ils auront à répondre. A ce jour, la charge qui est contemplée est « Damaging Property by Band », soit l’article 352 du Code Pénal. L’alinéa 2 de cette législation prévoit de sanctionner l’intrusion ou la tentative d’intrusion de toute personne qui ne serait pas dépositaire de l’ordre publique.

Cette intrusion ou tentative d’intrusion est conditionnée soit par des faits de violence ou de menaces ou « (c) while in a body or band consisting of 5 or more persons ». Le délit, si avéré, est passible d’une amende n’excédant pas Rs. 50 000 ainsi que de la servitude pénale pour un terme ne devant excéder dix ans.

Le délit de « Damaging Property by Band » trouve une correspondance avec l’association de malfaiteurs, définie dans l’article 185 du Code Pénal : « Toute association de malfaiteurs envers les personnes ou les propriétés est un crime contre la paix publique ». Ici, seule la servitude pénale – pour une période n’excédant pas dix ans – est infligée comme sanction.

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La poursuite pourrait aussi faire intervenir des circonstances aggravantes, comme la possession d’armes dans le cadre d’une assemblée illégale. A la section 140 du Code Pénal, la définition des armes comprend non seulement les armes offensives connues (armes à feu, armes tranchantes) mais tout objet fait ou adapté à un usage pouvant occasionner une blessure à la personne.


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